Green business : « Le nerf de la guerre sera l’innovation »
Editeur indépendant d’études économiques sectorielles, le groupe Xerfi présentait la semaine dernière une compilation de travaux réalisés depuis deux ans sur des activités touchant au green business (éolien, géothermie, bâtiment…). L’occasion de faire le point avec Philippe Gattet, l’un des experts de la maison, sur les perspectives du secteur « vert » en cette période de crise.
Cleantech Republic : Quelle serait votre définition du « green business » ?
Philippe Gattet : Quand on parle de ce secteur, on pense en priorité aux énergies renouvelables. Mais il faut aussi s’intéresser au marché du bâtiment, de la rénovation ou à celui des déchets. Il s’agit en fait d’un ensemble de services qui sont liés à la réduction des émissions de CO2. Le phénomène remonte au début des années 2000. Le facteur déclencheur était alors la forte hausse du prix du pétrole. Tous les acteurs ont depuis essayé de réduire leur facture énergétique et se sont notamment tournés vers les énergies renouvelables.
Quel est selon vous le potentiel de croissance du secteur dans les prochaines années ?
C’est difficile à dire même si le mouvement semble bien lancé. Nous constatons par exemple dans le domaine des transports que la France privilégie désormais le ferroviaire face à la route. Les plans de relance vont contribuer à doper le green business, car ils vont dans le sens des énergies renouvelables. Mais ce sont des projets qui vont prendre du temps, souvent entre deux et quatre ans. Selon nos travaux, nous estimons ainsi le vrai décollage du secteur à 2012.
Certains freins pourraient enrayer le phénomène…
Oui et le principal serait une baisse du cours du pétrole. Cela dit, connaissant le niveau des stocks, on doit pouvoir tabler sur une évolution à la hausse de son prix. Cela est moins vrai pour le gaz. L’autre facteur qui pourrait également nuire à l’essor du green business, c’est bien sûr la crise. Une poursuite de la hausse du chômage en France et en Europe pourrait par exemple reporter les projets de rénovation des ménages. D’ailleurs le marché de l’entretien de la maison a reculé au deuxième trimestre. C’est une première. Et puis il y a aussi les problèmes de financement avec des collectivités locales ou des entreprises qui manquent de liquidités et reportent donc leurs projets de construction HQE. Globalement, on s’aventure selon les dernières estimations vers le scénario d’une reprise timide pour 2010.

Quel sera le rôle des pouvoirs publics dans l’évolution de ce secteur ?
Outre l’aspect règlementaire, la fonction primordiale des pouvoirs publics réside dans un soutien financier aux activités vertes. Nous avons ainsi l’exemple du marché de l’éolien en Espagne. Une fois les objectifs nationaux atteints dans cette énergie, le gouvernement a décidé de réduire le prix d’achat de l’électricité éolienne. Cela a entraîné une baisse conséquente du marché du petit éolien pour les particuliers.
Dans vos travaux, vous distinguez l’éolien et la biomasse comme les deux stars du green business en France. Pour quelles raisons ?
Tout simplement parce que ce sont les marchés les plus importants et donc les deux principaux leviers pour atteindre les objectifs du Grenelle. Suivent la géothermie et le solaire. Pour cette dernière activité, on note un fort développement ces derniers mois même s’il faut préciser qu’on partait de très bas. L’activité va d’ailleurs surtout se développer dans le bâtiment. Le durcissement de la réglementation va imposer des constructions à énergie positive en 2020. Les centrales solaires devraient au contraire rester peu développées en France pour des questions de ressources foncières.
Quels sont les autres secteurs pour lesquels la France a une carte à jouer ?
En premier lieu l’eau et les déchets. Ce sont deux marchés sur lesquels nous avons un savoir-faire particulier avec deux grands leaders mondiaux que ce sont Veolia Environnement et Sita. En ce qui concerne les énergies renouvelables, nous sommes en concurrence avec l’Allemagne qui reste le principal leader dans la fabrication d’éoliennes et de panneaux solaires. Dans ces secteurs, nous sommes plutôt orientés vers l’installation avec des acteurs liés au bâtiment. C’est une tendance qui va être difficile à inverser car le modèle allemand est vraiment axé sur l’industrie. Plus généralement, le nerf de la guerre sera l’innovation. Par exemple dans le bâtiment, nous avons des grands fabricants de matériaux. Sur de futurs produits comme les tuiles solaires ou les briques isolantes, nous pouvons donc envisager de devenir des leaders mondiaux.

Source : Baptiste Roux Dit Riche, Cleantech Republic, 25/08/09











